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 Abbas Lemsaâdi

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MessageSujet: Abbas Lemsaâdi   Dim 27 Sep - 0:22

L’un des pionniers de la résistance et de l’Armée de Libération Nationale (A.L.N) dans le Rif, Abbas Lemsaâdi, originaire de la région de Ouarzazate. De son vrai nom Mohamed Ben Abdallah Lemsaâdi, il était plutôt connu par son nom de guerre : Abbas Lemsaâdi, l’homme qui sera plus tard, le chef incontesté de la résistance et de l’Armée de Libération dans le nord du Maroc, en particulier dans la zone du Rif et l’oriental. Il était pourtant originaire de la région de Ouarzazate et faisait partie des quatre leaders de la direction de ce mouvement. Un poste de commandement au sein duquel siégeaient Abdallah Senhadji et Abbas Lemsaâdi aux cotés de leurs compagnons de Tamazgha centrale Mohamed Boudiaf et Larbi Ben M’hidi.

Affaire du chef Abbas Lemsaâdi.

Le 25 juin 1956, Kaddi Mellal était affairé à Casablanca par Abbas Lemsaâdi, pour des achats au profit de l’ALN. Il s’agissait de cinq cents pantalons et de cinq cents chemises kaki (385.000 francs) achetés de Momitex SA, n° 299, rue de Strasbourg et de quatre-vingt-six couvertures (33.540 francs) de la société Ettedgui et Mellul-Textiles, au n° 91. À cet effet, c’était un camion loué de Casablanca pour le transport du matériel.
Le mercredi 27 juin, il était de retour au soir à Fès, apprit qu’on venait d’enlever ce jour-là Abbas Lemsaâdi, chef du Front de l’ALN. Selon les premiers éléments, c’était le commando de Mohamed Karim Hajjaj qui avait fait le coup.

Abbas fut enlevé à Fès et les kidnappeurs prirent la direction de Taounate. Aussitôt, Mellal téléphona à Nador pour rejoindre Abdallah Sanhaji qu’il trouva dans une colère extrême. Ce dernier lui fixa un rendez-vous à Taza pour le lendemain matin, soit le 28 juin, chez Mhamed Khyari, gouverneur de Taza, qui était leur ami réciproquement.

À Taza, les trois hommes précités se rencontrèrent à la préfecture. Immédiatement, Sanhaji pria le gouverneur de contacter le gouvernement ou directement le Roi, pour que l’affaire d’Abbas soit considérée dans les quarante-huit heures. Autrement, ce serait à l’Armée de Libération de régler le problème à sa façon. En attendant, Sanhaji fit remarquer qu’il avait déjà pris les dispositions qui s’imposaient, en confisquant trente voitures dans la nuit précédente et à bord desquelles, cent cinquante hommes armés jusqu’aux dents étaient tenus en haleine, aux alentours de Fès. Il suffirait pour cela d’un ordre pour créer le désordre. Face à cette menace, le gouverneur qui était un ancien officier militaire, connaissant le risque s’il n'agissait pas rapidement. Dans les yeux des deux hommes, se lisait la vengeance de leur chef. Ils voulaient l’anéantissement du comité de Tétouan et les groupes réductibles que celui-ci avait conçus en opposition, à commencer par celui de Mohamed Karim Hajjaj, ce qui entraînerait certes le déclenchement de la guerre civile au Maroc en général.

Surprise ! L’arrivée de Son Altesse Royale le Prince Moulay El Hassan, fut annoncée à 11h00 précise. Il fallait se dépêcher pour l’accueil à la base de Taza. Effectivement, Son Altesse Royale débarqua en secret et sans escorte de l’avion, accompagné de Driss M’hammedi ministre de l’intérieur. Il portait la tenue kaki, les manches retroussées et la casquette de Général. Le gouverneur lui présenta alors Sanhaji et Mellal qui le saluèrent gauchement d’une poignée de main dure, le bras tendu, comme à la montagne, en lui disant en français « Monsieur ». Tous les cinq prirent la direction de la préfecture de Taza. Le Prince était dans la voiture avec le ministre et le gouverneur qui conduisait. L’autre voiture suivait avec Abdallah Sanhaji et Kaddi Mellal.

Dans la salle de la préfecture, le Prince s’adressa aux quatre hommes en ces termes : « Messieurs, Sa Majesté le Roi Mohammed-V désire que le calme et la paix règnent dans la région, que l’Armée de Libération intègre les fonctions publiques et les rangs des Forces Armées Royales du Maroc indépendant. Quant à l’affaire d’Abbas, elle sera réglée par moi-même. » Ensuite, il dit avoir besoin de quelqu’un pour l’accompagner. À cet effet, Sanhaji proposa Mellal pour la mission recommandée. Au moment de départ, ce dernier confia à Sanhaji l’affaire du camion chargé des effets achetés de Casablanca.

À la base de Taza et pendant le rembarquement dans l’avion Royal, Mellal dit au Prince au sujet d’enlèvement du chef Abbas que : « C’était la main mise du Parti de l’Istiqlal.» Le Prince lui dit : « Chut ! Derrière vous, Driss M’hammedi est des leurs. » À l’atterrissage à Fès, le Prince n’était accompagné de Taza que par Driss et Mellal. Toutefois, à la préfecture de la ville de Fès, l’escorte était cette fois en place, parmi eux le capitaine Mohamed Bernichi. Le Prince appela ensuite Mellal et lui recommanda de se revêtir d’une tenue de treillis avec le béret des Forces Armées Royales. Mellal hésita avant d’obtempérer, car il s’estimait ne pas avoir le droit de porter la tenue officielle avant les autres membres de l’ALN. Le Prince le tranquillisa en lui disant : « Écoutez, je vous donne la compagnie à commander et le grade de lieutenant fictif, pour être respecté par vos hommes, pendant que vous alliez chercher Abbas. Quant à votre promotion effective, vous l’aurez prochainement, d’accord ? » Il décrocha de l’épaule du capitaine Mohamed Bernichi, quatre boutons du galon de lieutenant, qu’il fixa lui-même sur les épaulettes de la veste, Mellal considérant ce geste comme haute signification pour lui. D’autre part, le port prématuré de la tenue militaire par Mellal, serait pour encourager certainement les combattants à suivre l’exemple de l’un de leurs chefs et à s’intégrer de bonne foi dans les Forces Armées Royales. En effet, dans les rangs des combattants, les rumeurs laissaient entendre que les chefs aux visées révolutionnaires, ne déposeraient les armes que lorsque l’Algérie serait indépendante. Effectivement, un pseudo-partisan avait dit un gros mot à l’égard du Roi, au cours d’une réunion au PC de Nador (voir un peu loin dans le récit).

La nouvelle compagnie allouée au lieutenant Mellal, se constitua rapidement, bien équipée, armée et son effectif était de cent-vingt hommes. À l’arrivée des camionnettes Dodge 4x4 et des Jeeps Willys (US), cette unité s’embarqua dans un convoi à la tête duquel le Prince prenait la direction de Taounate, suivit du ministre de l’intérieur, du directeur de la Sûreté Nationale Mohamed el Ghzaoui, du responsable du Comité de Tétouan le docteur Abdelkrim Khatib et des aides de camps. En cours de route, le convoi s’arrêta devant un groupe du détachement de Mohamed Karim Hajjaj, le Prince envoya Mellal récupérer ce groupe isolé dans les véhicules.

À Taounate, le capitaine Hammou Amahzoun, caïd de la ville, assura l’accueil à Son Altesse Royale et prévit une parfaite organisation des lieux. Aussitôt, la compagnie militaire avec Mellal, commença à rechercher sur le terrain les indices relevant l’affaire d’enlèvement d’Abbas. La police de son côté, mena une enquête très sévère. Au cours de l’interrogatoire des suspects arrêtés du commando de Mohamed Karim Hajjaj, deux éléments qui avaient participé au meurtre, passèrent aux aveux. Il s’agissait d’un certain Mbarek Merzouki et Ahmed Mounir qui indiquèrent l’endroit où feu Abbas était enseveli.

C’était à aïn-Aïcha, neuf kilomètres au sud de Taounate, dans un champ fraîchement labouré où on trouva le corps de la victime, couvert de mottes de terre. On le déterra, déjà en décomposition avancée, et on le mit dans une couverture. On trouva la voiture du martyr au fond d’un ravin, elle était balancée certainement du haut d’une pente raide. Au retour à Taounate, on rassembla tout le détachement de Mohamed Hajjaj, le capitaine Hammou Amahzoun et le lieutenant Mellal firent porter rapidement à l’ensemble, la tenue de treillis pour le départ à Fès, en vue de l’enterrement. Le Prince attribua au martyr Abbas Lemsaâdi, en signe de reconnaissance, le grade de commandant à titre de posthume. Aussitôt, il appela Mellal et lui ordonna de faire mouvement sur Rabat.
Suivant la conclusion de l’enquête entreprise par la police à Taounate, il paraît que c’était un accident de circonstance et non un meurtre prémédité. Le coup de feu fut parti d’un pistolet automatique pendant qu’Abbas Lemsaâdi était en train de se débattre en saisissant la main armée d’un kidnappeur, et ce, à l’intérieur de la voiture qui roulait à vivre allure. La balle atteignit certes la région du cœur, puisque la mort survint après un laps de temps, avant l’arrivée à aïn-Aïcha, neuf kilomètres de Taounate. On ensevelit hâtivement la victime sur ce lieu, en la couvrant d’une légère couche de mottes de terre, dans un champ récemment labouré et à cent mètres environ du côté gauche de la route. Elle était revêtue d’un pantalon de toile kaki, d’une chemise kaki à manches longues retroussées aux bras et d’une paire de chaussures de brousse (semelle en caoutchouc et montant en toile cirée).

L’instigateur écervelé de cet enlèvement était Mehdi ben Barka et l’exécuteur de mauvais augures était Mohamed Karim Hajjaj, chef d’un commando en stationnement à Taounate. Cette précision est d’ailleurs, après la capture de celui-ci, affirmée noir sur blanc par « La Mémoire d’un Roi », (Hassan-II, Entretiens avec Éric Laurent, page-57) disant que : « …après sa capture, il nous a avoué avoir tué Messaadi. Il nous indique l’endroit où il l’avait enterré et il ajoute : « Je l’ai tué sur ordre de Ben Barka. » Quant à la voiture échouée dans un ravin, c’était un Citroën "traction avant" de couleur noire, celle qu’Abbas Lemsaâdi avait empruntée du gouverneur de Taza Mhamed Khyari. Les kidnappeurs qui étaient au nombre de six ou huit avaient utilisé ce véhicule pour le déplacement de Fès à aïn-Aïcha, avant de le balancer sur place d’une pente assez raide, pour le détruire carrément. Après l’exécution de sa sale mission, le chef du coup Mohamed Karim Hajjaj trouva refuge dans une grande maison. On le protégea, le lava de tout soupçon, le gratifia enfin d’une fonction publique de choix. C’était évidemment grâce à Mehdi ben Barka qui avait le bras long, faisant le chaud et le froid avec beaucoup de sel, à la fois favorisant celui qui s’approche de lui et détruisant celui qui s’éloigne de lui. Et en tout temps, il fait le malin pour arriver au résultat, comme aux mathématiques dont il avait été justement professeur.

Auparavant, le 10 juillet 1955, le Comité supérieur de la Résistance qui avait son implantation à Tétouan (en zone espagnole), se composant d’un noyau très restreint en ses membres permanents, désigna Abbas Lemsaâdi pour constituer la base principale de la guérilla à Nador (en zone espagnole) et les secteurs du maquis pour le combat à la bordure du Rif, notamment en zone française, tout en laissant tranquille les Espagnols dans leur neutralité. Après s’être assez préparé et bien démarré l’affrontement contre l’armée française, il se considéra le chef absolu du Front de l’ALN. Cependant, ledit Comité qui se prenait le Haut Commandement contraignit celui-ci à suivre strictement les instructions et à se soumettre la coiffe du Parti de l’Istiqlal, en tout temps et en tout lieu. Il devint, par contre semblait-il, insensible à la subordination et reprocha carrément à ce Comité-là, son incompétence de gérer les événements au point de reprocher aux membres leurs incapacités de manipuler un simple pistolet. Il dit que le Comité doit avoir un dirigeant désigné, en prétextant le chef de fil des cireurs de la ville.

Comme le Comité avait formé un cercle hermétique par ses quelques camarades issus de la Résistance de Casablanca, il prenait ses décisions à l’amiable, mutuellement partagées pour qu’aucun ne soit désigné du doigt, en cas d’une fâcheuse manœuvre. Donc, il n’y avait ni chef, ni subordonné, tous camarades. On peut retrancher un gêneur du nombre de vivants : rien entendu, rien vu, rien su, c’est-à-dire le sourd, l’aveugle, le muet. Pour rendre le son de cloche à Abbas Lemsaâdi qui s’opposait et qui s’imposait, le Comité essaya de l’écarter pour de bon du Commandement de l’ALN si ce n’était Abdallah Sanhaji qui intervint à Tétouan pour le retirer de là où on l’avait enfermé. Abbas regagna enfin en haleine son poste de Commandement (PC) à Nador, avec son adjoint Abdallah Sanhaji qui n’aimait non plus ce Comité qui reprochait au premier son indiscipline caractérisée, son ambition démesurée, son franc-parler frissonné, tout en le soupçonnant d’avoir de mauvaises intentions de s’élire leader absolu, au point de n’avoir au-dessus de lui que le ciel. Effectivement, il devint assez populaire au sein du Front qui était sa zone d’action, tous les combattants lui disant "Si" (Monsieur) ou chef, en s’effarouchant respectueusement devant son passage, avec un "garde-à-vous" en plus. Le personnel le considérait général, même s’il n’avait jamais été caporal, à l’instar du général mexicain Émiliano Zapata. Il n’avait pourtant aucune formation ou des qualités foncières d’un officier militaire, son cas sur les lieux n’était que le bon côté du hasard. Il était auparavant, selon les dires, maître dans une école primaire, Abdallah Sanhaji dans le commerce, Kaddi Mellal soudeur de métier, les autres, des sous-officiers de l’armée française parmi lesquels des déserteurs ou des retraités assez âgés, des fellahs, des maçons,…Mais tous s’étaient avérés de vrais guérilleros au maquis, en inspirant la méthode de la guérilla du chef rifain Mohamed Abdelkrim el Khattabi, en s’y appliquant sur le même terrain historique accidenté naturellement, ainsi que d’autres enseignements apprises en Indochine, surtout le harcèlement et les pièges. Le chef Abbas Lemsaâdi avait en effet procuré d’Égypte une brochure de la guérilla qui lui indiqua la manière de s’organiser et de lutter efficacement en de petits détachements autonomes, contre l’ennemi potentiel.

Compte-tenu d’un document portant la griffe de l’Armée de Libération, écrit en arabe, fait mention de :
« Monsieur Abbas Lemsaâdi a désigné Kaddi Mellal en tant que chef des opérations militaires, Abdallah Sanhaji comme adjoint du chef du Front à la base de Nador, Mohamed Tamsamani pour le matériel, haj Jaddi et haj Chrif sont pour l’approvisionnement, Mohamed Ghabouchi chef à Tizi Ousli, Driss Oulouch à la base Lmaâli, Hassan Zekriti avec Abdelaâziz Daouaïri à Boured et sa région, Messaoud Akjouj à Aknoul et Bab Mrouj, le sous-officier Houd à Kaf Lghar, Mohamed ben Ayad à Mezguitem, Mostafa ben Atmane à Tahar Souk ainsi que Bab el Hit, Guercif et Saka, le sous-officier Kassou Ou Akka à Berkine, Abdelkader Bouzar au Moyen Atlas. »

Un autre document en possession, écrit en arabe, dont la signature est probable, s’attribuant comme étant d’Abbas Lemsaâdi :
« J’ai rendu visite de courtoisie à Si Allal el Fassi qui me dit : « Pourquoi es-tu venu au Caire ? » Je lui ai répondu que je suis ici pour l’achat des armes. Il me dit alors : « Toi "Ya" Abbas, tu es venu au Caire pour prendre les pistolets et voler les Marocains. » C’est ça les dires d’Allal el Fassi qui me fixa un court délai de 24 heures pour quitter le Caire, sinon il ferait appeler les hommes de la police pour m’arrêter. Pendant cette rencontre, j’ai été accompagné par l’Algérien Ahmed ben Bella et que j’ai déjà acheté des armes du Caire, à travers des hommes loyalistes arabes.
Le 15 octobre 1955, ce jour-là, lors du déclenchement de la lutte armée dans le Rif, Allal el Fassi a envoyé une lettre à Mehdi ben Barka, lui disant : « Êtes-vous aligné avec l’armée de libération rifaine ? » La réponse de Mehdi ben Barka à Allal el Fassi : « Il fallait que vous discutiez avec le Commandement de l’armée de libération et que vous lui disiez de quitter le Parti de l’Istiqlal. »

Au cours d’une réunion présidée par Abbas Lemsaâdi au PC de Nador et consacrée aux derniers événements survenus pendant le mois de janvier 1956, y avaient été présents Abdallah Sanhaji, Kaddi Mellal et quelques autres hommes du Front de l’AL. L’un parmi ces derniers qu’on ne se souvienne pas de mémoire de son vrai nom, mais d’origine rifaine, dit tout illico d’un ton absurde et ridicule : « J’ai une idée à vous proposer, c’est qu’il faut s’emparer du Sultan Mohammed-V et l’enfermer quelque part au Rif. » Tous les assistants furent glacés de l’impair de cet individu, dont le mauvais sang le circulait n’était autre que celui de sales légionnaires espagnols. Ce fut Abbas Lemsaâdi qui blâma sévèrement l’intrus malsain aux rangs des moujahidine marocains, et aucun autre homme présent ne lui adressa la parole si ce n’était l’envie de lui cracher à la figure. La source de cet incident est rapportée par Kaddi Mellal, dans le but de tout révéler.

On prétendait (les politiciens amateurs) qu’Abbas Lemsaâdi qui revint d’Égypte, au mois de mars 1956, était d’un esprit assez endoctriné politiquement, tout en le qualifiant comme étant révolutionnaire dangereux qui risquerait de faire un accroc au sein de l’Armée de Libération, en refusant le cessez-le-feu imposé par le gouvernement marocain et l’intégration générale de cette armée dans la fonction publique. Ce risque-là pourrait entraîner la guerre civile ou tribale, une bagarre générale par le feu croisé et nourri sur les quatre points cardinaux du territoire marocain.

On pensait aussi qu’Abbas avait des idées noires dans la tête après avoir subi un lavage supposé du cerveau par les Égyptiens, pour n’apprécier que le régime des soviets communistes, au lieu de la monarchie Chérifienne. Lesquels voulaient que le Maroc soit sous la botte des officiers libres, pour ainsi dire la dictature régimentaire, à l’instar de leur révolution contre le roi Farouk 1er, détrôné en 1952.

On dit également qu’Abbas prenait comme son parrain Mohamed Abdelkrim el Khattabi en exile au Caire et que celui-ci le considérait ainsi son fidèle sujet susceptible de renouer sa guerre inachevée anciennement dans le Rif, si ce n’était l’occasion pour se venger enfin. Entre-temps, Abbas ne manqua pas de révéler que son maître lui avait inculqué de précieux enseignements sur l’organisation générale de la guérilla, la conduite à tenir et les erreurs à éviter, en contrecarrant celles commises par Abdelkrim lui-même en 1926. Par conséquent, au niveau de la conduite à tenir : ne jamais avoir confiance aveugle aux proches collaborateurs qui finissent par trahir le chef, à cause de l’argent, de l’intérêt, de la peur, ce serait alors comme bâtir, sur le sable ou dans la boue, une maison qui s’écroulerait tôt ou tard. Quant aux erreurs à éviter au combat : il faut respecter les principes de la guérilla, sans s’opposer contre les forces organiques de l’ennemi, comme à l’exemple d’un poing de bronze qui casse la cruche en le frappant, celle-ci se casse également en se heurtant à ce poing-là (question du heurt aussi d’un pot de fer et d’un pot de terre). Pour cette raison, l’ennemi aimerait combattre cent hommes apparents devant lui, que cinq invisibles dans ses arrières.

On savait que Mohamed Abdelkrim el Khattabi était à la fois héros et rebelle marocain lors de la guerre du Rif, entouré d’un halo de gloire, en combattant avec férocité les Espagnols et les Français ; cette guerre avait duré sept ans (1919-1926). Sa reddition cependant militairement intervint quand il opta la nouvelle tactique d’opérer statiquement en tranchée, comme à l’armée classique, en obligeant ses combattants à garder leurs positions les jambes nouées par la corde, au lieu de sa méthode ancienne de guérilla qui était basée sur le mouvement, la surprise, la rapidité, le décrochage systématique. Le commandement colonial saisit l’opportunité de l’affront direct du chef du Rif en accentuant sur lui des attaques offensives, par l’aviation, l’artillerie, les blindés et l’infanterie. Il échoua en outre politiquement en tant que rebelle nationaliste ou révolutionnaire, tout en voulant instaurer dans un premier temps, une ligne imaginaire allant d’Oujda, Guercif, Taza, Fès, Sidi Kacem (Petit Jean) et Souk Larbâ du Gharb, ainsi tout le territoire de la zone nord du Maroc.

« Mohamed Abdelkrim el Khattabi avait établi " La République confédérée des tribus du Rif" proclamée le 1er février 1922. Celle-ci demande la reconnaissance internationale et l’établissement de relations diplomatiques et économiques avec tous les pays. Des ministères de l’intérieur, des Affaires étrangères, de la Justice , de la Guerre et des Finances furent crées, Abdelkrim est président de cette république. » (Histoire du Maroc, de Bernard Lugar, page-263). Ainsi, déclara-t-il en 1952, le mot-d’ordre suivant : « Je déclare que, lorsque l’on me reproche de faire la guerre sainte, on commet une erreur, pour ne pas dire plus. Le temps des guerres saintes est passé ; nous ne sommes plus au Moyen Âge ou à l’époque des croisades. Nous voulons simplement être libres et vivre indépendants, et n’être gouvernés que par Dieu. Nous avons un vif désir de vivre en paix avec tout le monde, et d’avoir de bonnes relations avec tous, car nous n’aimons pas faire tuer nos enfants. Mais pour arriver à ce but désiré, à ces aspirations, à cette indépendance enfin, nous sommes prêts à lutter contre le monde entier. » (Jeune Afrique Livres-9, page-161). Donc, il s’imposait contre le Makhzen, c’est-à-dire le Sultan Moulay Youssef, père de Sidi Mohammed-V, Souverains légitimes du Maroc. C’était une question de la "Siba" (désordre), concrétisant la division, l’imputation, pour y fabriquer une république répudiée, au détriment de la lignée perpétuelle des Rois sacrés depuis 1636, jusqu’à ce jour et pour toujours. Pour mettre fin à cette tendance rifaine projetée, les unités de choc qui avaient antérieurement combattu l’Allemagne à la première guerre mondiale (1914-1918), rentrèrent en action multiple, tels quels les régiments de tirailleurs marocains (RTM) et les tabors de goums qui étaient des manœuvriers combattants redoutables (voir pour une large précision sur les événements du Rif, le livre "Mémoires" du général Beaufre). Ces unités étaient une dévastation terrestre dans la situation offensive, au point de craindre que le ciel aille tomber par le tonnerre crée par ces guerriers qui vouaient une inimitié irréductible et qui avaient acquis une réputation de violents, de tyrans, preuve de la formation intensive de soldats de choc, exemption de la douceur humaine.

Une autre fois, Abbas Lemsaâdi était au Caire où il se rendait très souvent, pour de différents motifs et où Allal el Fassi se fâcha contre lui pour s’être présenté au chef de l’État Jamal Abdel Nasser, sans lui avoir donné son avis favorable. Il était évident la bête noire d’Allal el Fassi qui le détestait pour des raisons personnelles, si ce n’était pas la question du patronage de l’Armée de Libération dont le premier fuyait le second, pour ne rendre compte seul qu’à Mohamed Abdelkrim el Khattabi qui était le Président du Haut Commandement de l’Armée de Libération du Maghreb (Afrique du Nord : Maroc, Algérie et Tunisie). Donc, Abbas se dérobait pour ne pas se faire voir par Allal el Fassi qui le cherchait constamment pour le chasser, comme le jour de la présentation au chef de l’État, par les services de renseignements généraux égyptiens. Il rejoignit alors son poste à Nador tout confiant après avoir reçu de ses derniers, un colis fermé contenant des écussons de la devise pour l’Armée de Libération Nationale. Ces écussons en coton avec le rouge et le vert (petit format en losange pour être épinglé sur la poitrine) furent distribués aux combattants et ce n’était que plus tard qu’on constata la grave erreur sur cette devise insignifiante, qui portait uniquement « Allah » - « el-Watane », sans que « el Malik » (le Roi) soit mentionné. C’était un coup fatal des Égyptiens et c’était trop tard de croire la bonne foi d’Abbas Lemsaâdi qui se voulait justifier comme étant hors question de l’affaire de ces écussons au Pharaon. On exigea de lui, en premier lieu Mehdi ben Barka, qu’il rallierait le Parti de l’Istiqlal avec tous les combattants du Front, sans exception, ce qu’il refusa d’obtempérer, pour des raisons ignorées. Le Comité de Tétouan le pris alors dans un engrenage qui serrait contre lui, le boudait en le laissant pour compte. La politique et le crime sont la même chose, pas d’amis, une balle dans la cervelle quand on s’oppose ou on s’impose.

Au lendemain de l’Indépendance du Maroc, c’était la phase de liquidation physique de collaborateurs du régime colonial français, d’opposants et de règlement de comptes personnels. On finira de créer des lieux embués de secret et de silence pour la torture qui était pire que celle de la police française, dont les victimes ne sortant jamais vivants. Bien que Sa Majesté le Roi Mohammed-V interdise, dans son discours adressé à la nation, de tuer les Marocains ou les étrangers qui sont tous des innocentés et pardonnés, mais des sinistres individus continuant leur méprisable affaire de chasse à l’homme comme à la chasse des animaux sauvages. Du fait de ces exactions généralisées, crucifiantes et dramatiques, les honnêtes gens se posaient des questions sur le discrédit de cette indépendance âprement défendue et ardemment désirée, en regrettant de ce fait la fin du protectorat français qui prétendait que le Maroc n’était pas encore apte à assumer sa destinée et assurer sa sécurité. Un Marocain qui tue son frère marocain, c’est le comble de la sauvagerie des barbares. Voilà à Laâouina de Casablanca où on faisait brûler vif un homme par l’essence ; voici devant le cinéma royal où étaient retranchés des terroristes, au premier étage d’un immeuble, qui tiraient avec leurs mitrailleurs sur la police. Et là bas aussi à Figuig où on tuait "à la carte", en égorgeant même un enfant pour avoir reconnu l’un des assassins.

En fin de compte, d’après le héros de ce livre, Kaddi Mellal qui était le témoin oculaire et l’ami intime d’Abbas Lemsaâdi, affirmant que celui-ci avait des qualités remarquables de comportement général. Il était un homme du soir préoccupé par son devoir, avait un profil avec relief de robustesse sans redouter les efforts physiques. Il avait un bagage intellectuel qui maîtrise parfaitement de l’arabe et du français, au point qu’il avait brillé par son esprit critique. Les obstacles ne lui faisaient pas peur et il relevait les défis qui croisaient son chemin haut la main. Il était déterminé, cela se sentait à son allure décidée au point d’avoir l’impression d’atteindre la vitesse de croisière. Il avait aussi une moralité hors pair et du courage à revendre. Sa responsabilité qu’il avait assumée était louable et responsable. Bien que les autres individus jaloux de lui, veuillent le clouer au pilori, il faisait toujours preuve d’une supériorité de l’esprit ou de l’intelligence, en sachant être percutant et compréhensif. Comme il ne faisait que du bien et que les hommes en général du Front l’appréciaient pour sa juste valeur, il n’avait pas à se plaindre du danger qui le guettait pourtant. Il aimait à circuler léger, sans l’encombrement d’une escorte de parasites, en négligeant sa propre sécurité, car il avait toute une confiance en soi, jusqu’à aller même dans l’erreur, de se faire assassiner par des voyous.

D’autre part, au sujet de la hiérarchie, selon le même témoin, le Comité de la Résistance et de l’Armée de Libération, lequel était dirigé par le docteur (médecin) Abdelkrim Khatib, le Front était commandé par le chef Abbas Lemsaâdi en son vivant, après c’était Abdallah Sanhaji comme adjoint qui s’occupa de l’intégration générale de l’Armée de Libération.
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