Tamazight

Portail sur Tamazight
 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 L'Espagne et ses bombes toxiques sur le Rif

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 1406
Date d'inscription : 04/09/2009
Age : 34

MessageSujet: L'Espagne et ses bombes toxiques sur le Rif   Dim 27 Sep - 1:57

« Nous ne pouvons pas oublier ce crime contre l'humanité »

Cet article aborde une question encore très sensible en Espagne. C'est un des rares articles équilibrés publiés dans la presse espagnole traitant de cette question des armes chimiques utilisées pendant la guerre du Rif. Son importance réside dans le fait qu'il est publié à une semaine de la visite du chef du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero, au Maroc et dans un journal (El Mundo) de référence en Espagne et proche de la droite espagnole. Celle-ci, en quelque sorte la gardienne de l'héritage franquiste, a souvent été réticente quant au traitement de cette question publiquement à cause de la sensibilité qu'elle présente encore dans certains milieux de l'opinion publique espagnole.

Après avoir averti l'auteur, je me suis permis de traduire l'article du mieux que je pouvais et en faire profiter les lecteurs francophones. Bien que la traduction soit très fidèle, mais pour des raisons lexicographiques et grammaticales propres à chaque langue, je me suis permis de l'adapter soigneusement à la langue française.


L'Espagne et ses bombes toxiques sur le Rif

-L'Espagne et la France ont aspergé de gaz moutarde les souks et les villages du Rif
-L'Espagne a utilisé les armes chimiques pour se venger du désastre d'Anoual
-Abdelkrim combattait à la fois l'Espagne, la France et le Makhzen
-Hassan II a largué des bombes au Napalm sur les villages rifains
-L'Etat marocain ne veut pas enquêter sur l'impact de ces armes chimiques

Amanda Figueras (article publié dans El Mundo, samedi 05/07/2008) - Pendant la célèbre guerre du Rif (1921-1927), l'Espagne a utilisé les armes chimiques comme le phosgène, le diphosgène, la chloropicrine et surtout le gaz moutarde (l'ypérite), contre les populations civiles du nord du Maroc. De nombreux historiens l'affirment et les gouvernements espagnols successifs ne l'ont jamais nié ni reconnu d'une manière explicite.

Les bombes chargées de gaz toxiques - interdites par le Traité de Versailles de 1919- étaient identifiées par la lettre « C ». Les plus utilisées en 1924 furent les C-1 et C-2 (chargées respectivement de 50 et 10 kg d'ypérite), mais à partir de 1925 ils ont lancé d'autres modèles comme la C-5 (chargée de 20 kg de gaz moutarde), la C-3 (chargée de 26 kg de phosgène) et la C-4 (chargée de 10 kg de chloropicrine). Et d'après les archives du « Service Historique Militaire des Martyrs d'Alcala de Henares » certaines de ces bombes larguées sur le Rif ont été remplies également d'essence et de phosphore.

Entre 4 et 24 heures après l'exposition au gaz moutarde, il se produit sur n'importe quelle muqueuse avec laquelle il entre en contact, une irritation intense, un dessèchement et des ampoules. S'il est inhalé, ce gaz peut occasionner de graves dommages à la trachée, aux bronches et aux poumons et peut éventuellement conduire à la cécité s'il entre en contact directement avec les yeux. Il peut provoquer aussi des hémorragies internes qui entraînent souvent la mort.

« Qu'on n'oublie pas ce crime contre l'Humanité »

Après 80 ans, certains activistes remuent encore l'histoire pour que ce « crime contre l'Humanité » ne tombe pas dans l'oubli. Car il parait que les séquelles sont toujours visibles.

« Les Espagnols faisaient ce qu'ils voulaient. Je me souviens d'un enfant qui a respiré Arr-hajj (poison, en rifain) et qui en est mort » affirme Mohamed Salah Faragi. « Ma mère et mes sœurs toussaient jour et nuit, jusqu'à ce que ce poison les emporte. Mon frère est mort après avoir bu l'eau contaminée par ce poison. L'autre a perdu tous ses cheveux », explique Mohamed, âgé de 85 ans, surnommé « Santiago » par les Espagnols, « parce qu'il s'habillait en blanc », dit-il.

C'est l'expérience vécue de deux des derniers survivants que reprend le documentaire « Arrhash ou Arr-hâjj », réalisé par l'Espagnol Javier Rada et le Marocain Tarik El-Idrissi, qui sortira bientôt pour témoigner de cette tragédie .

Extrait du documentaire « Arrhach »

« Notre objectif est de témoigner sur une époque sombre de notre histoire afin d'éviter que ce crime ne disparaisse de nos mémoires avec la mort des derniers témoins qui ont vécu cette expérience douloureuse…D'un côté, nous refusons de reconnaître un crime que nous avons commis, nous-mêmes les Espagnols et…qu'on a toujours étouffé, et de l'autre côté, nous justifions d'autres guerres pour l'existence de supposées armes chimiques ailleurs », explique Rada.

L' « inassumable » ou l'inacceptable défaite

En 1912, grâce à un accord avec la France qui avait obtenu quelques mois auparavant la souveraineté sur le pays de la part du sultan Abdelhafid, l'Espagne a établi un Protectorat au nord du Maroc avec comme capitale la ville de Tétouan. Mais les Rifains ont refusé cet état de fait et commencèrent à s'organiser pour lui résister.

La résistance des Rifains était tellement forte à la fois contre l'occupation espagnole et l'autorité du Sultan Youssef ben Hassan (frère du sultan Abdelhafid et son successeur) soutenu par la France, que l'Espagne a dû envoyer jusqu'à 50.000 soldats pour se maintenir dans la région.

A partir de 1919 la révolte rifaine, menée par Abdelkrim Al-Khattabi, a pris de l'ampleur. En juillet 1921, les troupes espagnoles ont subi une grave défaite militaire face aux Rifains lors de la bataille d'Anoual, que les historiens espagnols appellent « le grand désastre d'Anoual ». Le Roi Alfonso XII, affaibli après cette défaite catastrophique qui a terni la grandeur de l'Espagne, voulait coûte que coûte se venger des Rifains et en découdre le plus rapidement possible avec leur révolte avant qu'elle ne contamine d'autres régions.

Pour en finir vite avec l'insurrection des Rifains, les autorités espagnoles ont sollicité alors l'appui des Allemands. Selon les chercheurs Rudibert Kunz et Rolf Dieter Müller, les Allemands ont recommandé aux Espagnols de bombarder au gaz moutarde les souks, les villages et les groupements d'habitations (Dhshar) de ceux qui soutenaient la guérilla d'Abdelkrim. D'abord, Berlin a fourni à l'Espagne des bombes chimiques prêtes à l'emploi, avant de lui montrer plus tard comment les fabriquer; et c'est la tâche qui est revenue à l'usine de La Marañosa (Tolède).

Depuis 2001, cette usine est devenue un « Institut Technologique » de recherche. Mais, de nombreux citoyens et militants pacifistes croient qu'elle continue à développer des recherches dans le domaine des armes chimiques, biologiques et nucléaires et militent pour sa fermeture définitive.

Le Rif, ravagé par la France, l'Espagne et Hassan II

Les Espagnols, eux aussi, ont subi à leur tour les effets de ce gaz moutarde. Car il paraît que parfois il est difficile d'éviter les fameux « dommages collatéraux » et « les feux amis » dans les situations de guerre. L'historien Juan Pando a affirmé dans une lettre au journal El Mundo que « les troupes espagnoles au sol sur les fronts ont elles aussi été atteintes par l'ypérite comme les troupes rifaines ». D'ailleurs, les officiels espagnols sont bien explicites sur le nombre et les noms des Espagnols gazés. Cet historien assure également « que l'ypérite a aussi été utilisé par l'aviation italienne en Libye ».

En février 2007, le parti populaire PP et le parti socialiste PSOE ont empêché la Commission Constitutionnelle du Congrès d'approuver une proposition de loi présentée par la gauche républicaine catalane ERC et soutenue par le parti national basque PNV et les écolo-socialistes IU-ICV qui recommandait au gouvernement espagnol de présenter des excuses aux Rifains pour ces actions militaires non-conventionnelles, de dédommager financièrement les victimes de ces gaz et leurs descendants et de doter les hôpitaux d'Al-Hoceima et de Nador d'unités d'oncologie pour le traitement du cancer, maladie très répandue dans Rif.

Le député Jorge Fernández Díaz du PP a refusé que l'Espagne « présente des excuses pour un prétendu crime contre l'humanité commis il y a 80 ans », en lançant ironiquement « Quand les citoyens apprendront que nous parlions du Rif au Congrès, ils ne sauront pas si nous nous référons à l'Hôtel Ritz ».

Quant au parti socialiste espagnol PSOE, représenté par son député José Luis Galache, il s'est excusé de ne pas pouvoir voter ce projet de loi, en prétextant que cela pourrait créer un « conflit diplomatique » avec le Maroc. José Luis Galache a ajouté « que les services sanitaires marocains n'ont pas pu démontrer la relation de cause à effet entre les bombardements chimiques et le nombre important de malades atteints du cancer dans le Rif », et a rappelé « que pendant les années 50 le roi Hassan II a également utilisé le napalm contre les populations rifaines ».

En effet, de nombreux témoignages affirment que le monarque marocain a bombardé les villages rifains de napalm pendant les évènements de 1958-59, ce que certains historiens appellent « la Deuxième Guerre du Rif ». Il a même désigné ses sujets du nord « d'Apaches, de contrebandiers…» et leur a fait savoir : « Qu'il est capable de liquider les deux tiers de la population marocaine pour que le reste puisse vivre tranquillement ». Après le tremblement de terre de février 2004, dans un geste d'apaisement envers ces populations du nord, son fils Mohamed VI a visité Al-Hoceima ville située à 9 km d'Ajdir, ancienne capitale de la République Rifaine autoproclamée par Abdelkrim.

Sebastián Balfour, Professeur Émérite des Études Contemporaines Espagnoles qui dépend de « London School of Economics and Political Science » de l'Université de Londres, a déclaré au journal El Mundo que « pour dédommager les populations du Rif…pour améliorer la situation économique de leur région, qui est restée à la traîne à cause de leurs soulèvements contre l'Espagne et le Maroc, il serait plus logique qu'il y est une action commune de ces deux Etats».

Il est difficile d'assumer la réalité sans preuves

Il n'existe pas de données fiables sur les relations (corrélation) de cause à effet des armes chimiques quant à la propagation des cancers au nord du Maroc. Juan Pando assure de son côté, que « l'ypérite n'est pas radioactif et ses séquelles même graves ne peuvent être transmises des parents aux enfants ». Par contre, Sebastián Balfour affirme, selon les chiffres de l'unique hôpital d'oncologie infantile au Maroc que « cette maladie est beaucoup plus répandue dans le nord que dans le reste du pays »; ce qui est une preuve suffisante sur la responsabilité directe de ces armes chimiques sur la dégradation de l'état de santé des populations de la région.

L'Association des Victimes des Gaz Toxiques dans le Rif accuse l'Etat marocain de ne pas vouloir enquêter et collecter les données sur l'impact de ces armes chimiques sur l'environnement et leurs effets sur l'état de santé des populations locales. Son président, Ilias Omari, dit avec ironie que « le gouvernement marocain est plus préoccupé par l'état des sardines que par notre santé ».

« L'Espagne a commis un crime dans le Rif. Elle nous a colonisé et aspergé de gaz et elle nous a enrôlé de force pour sa guerre civile » se plaint Sellam Teyeb du « Forum Espagnol Marocain pour la Mémoire Collective ». Et il avance que « la majorité des Marocains atteints du cancer du poumon sont originaires du Rif, d'après les statistiques sanitaires officielles ».



Il y a quelques années, au cours de la présentation du livre « Abrazo mortal = Accolade mortelle », de Balfour, l'ex-ministre de la défense espagnole, Narcís Serra, a déclaré que « pendant la guerre du Rif, le gouvernement espagnol a créé « une idée synthétique », une image artificielle du Maroc pour diaboliser l'ennemi et cela nous donne suffisamment de clés pour comprendre la situation actuelle ».

Références ajoutées par nos soins :

-Arr-hâjj "Arrash" (Poison, en rifain ) était le nom donné par les Rifains pour désigner ces armes chimiques.

-Le gaz moutarde, son nom vient d'une forme impure du gaz moutarde dont l'odeur ressemble à celle de la moutarde, de l'ail ou du raifort. Il est aussi nommé ypérite, dérivé du nom de la ville d'Ypres (Ieper) en Belgique.

C'est un composé chimique qui a été particulièrement utilisé comme arme chimique pendant la Première Guerre mondiale. Sous sa forme pure et à température ambiante, c'est un liquide visqueux incolore et sans odeur qui provoque des cloques sur la peau. Sous forme de vapeurs, il attaque les yeux et les voies respiratoires ainsi que les muqueuses sensibles. Les yeux sont atteints avec une cécité temporaire et la peau en contact avec le produit devient enflammée.

Dispersé sous forme de particules, le gaz s'introduit dans le système respiratoire et détruit les muqueuses avec une détresse respiratoire. Les poumons sont atteints avec des emphysèmes et des œdèmes consécutifs à la présence de fluides qui peuvent entraîner une mort similaire à la noyade si la dose est très forte. À terme, le contaminé présente une anémie, une baisse de la résistance immunitaire et développe une prédisposition aux cancers. Les lésions des tissus mettent beaucoup de temps à guérir et s'apparentent à de sévères brûlures.

-Le phosgène, aussi nommé dichlorure de méthanoyle, oxychlorure de carbone ou dichlorure de carbonyle est un gaz très toxique à température ambiante, qui appartient à la classe des agents suffocants, comme le dichlore, le sulfure d'hydrogène ou le dibrome. Le phosgène fut synthétisé par le chimiste John Davy (1790-1868) en 1812. Ce gaz fut employé comme arme la première fois par l'armée française durant la Première Guerre mondiale, sous la direction du chimiste Victor Grignard en 1915. Plus tard, les Allemands, sous la direction de Fritz Haber, y ajoutèrent de petites quantités de dichlore afin d'en augmenter la toxicité à long terme. Le phosgène fut ainsi le responsable de la mort de plus de 100 000 gazés pendant la Première Guerre mondiale. Au laboratoire, le phosgène gazeux a depuis longtemps été remplacé par le diphosgène (liquide) ou le triphosgène (cristallin).

-La chloropicrine est une substance active de produit phytosanitaire (ou produit phytopharmaceutique, ou pesticide), qui présente un effet fongicide, et qui appartient à la famille chimique des aliphatiques.

Chronologie de l'utilisation de ces armes chimiques dans les grands conflits :
• 1918, par les Allemands à Verdun et dans la Marne
• 1919, par les Britanniques en Afghanistan
• 1925, par la Grande-Bretagne au Kurdistan, par ordre de Winston Churchill
• 1925, par l'Espagne et la France pendant la guerre du Rif
• 1934-35, par l'Italie durant son occupation de l'Éthiopie
• 1934-44, par le Japon contre la Chine
• 1963-67, par l'Égypte au Yémen
• 1983-1988, par le régime de Saddam Hussein contre les populations kurdes
• Après la guerre du Golfe, plusieurs centaines de tonnes de gaz moutarde sont éliminées en Irak par l'UNSCOM.

Traduction de l’espagnol adaptée par Mohamed SIHADDOU
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://tamazight.forumactif.com
 
L'Espagne et ses bombes toxiques sur le Rif
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» TRIP espagne (port aventura,video,photo in)
» Fausto GUTIERREZ (Yedharo Models) - Espagne
» soldat de la guerre d'Espagne
» Voyage en espagne...forfait bloqué virgin...
» Espagne, suite et fin: diaporama sur Cordoue et Tolède

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Tamazight :: Culture et Civilisation :: Histoire-
Sauter vers: