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 De sang résistant. Hommes debout

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Date d'inscription : 04/09/2009
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MessageSujet: De sang résistant. Hommes debout   Lun 5 Oct - 0:45

À l’époque où le Rif était encore sous domination espagnole, la région montagneuse du Rif ne céda rien de son identité berbère. Elle résista. Sur des siècles. Maintes fois envahi, maintes fois métissé, le Rif est toujours demeuré une terre insoumise et barbare. Ses hommes ne se couchaient pas devant l’envahisseur, leurs chefs n’acceptaient aucun gage ni présent des puissances occupantes. Même assimilé par les empires, même après les gaz et la chimie des avions, le sang rifain continue aujourd’hui de couler libre, et les hommes qui agitent leurs membres abreuvés de ce sang, les deux genoux dans la terre, sont encore debout.

Je suis Mohamed Mrabet. Tangérois, je suis rifain. Comme mon grand-père. Bien avant ma naissance, le père de mon père a combattu aux côtés d’Abd El Krim, lion du Rif, sur le sol sauvage, pour forcer les Espagnols à quitter nos terres. Victime encore de l’affrontement de deux empires au dieu unique, le Rif jouait sa singularité à armes inégales. Comme beaucoup d’hommes de nos montagnes, à peine sur pied mon grand-père a voulu associer au combat toute sa force. Et ce fut encore comme depuis toujours, Rifain après Rifain, qu’une énergie se dressa, dépourvue de poudre et de plomb, le courage pour seul rempart.

Un navire de guerre espagnol avait accosté tout près d’Al-Hoceima. Sur la plage, un bataillon avait établi un camp de fortune et tentait maintenant de pénétrer dans l’épaisse forêt au pied des montagnes. Juste au-dessus, mesurant des sommets leur progression, les yeux des Rifains ne lâchaient aucun soldat, leurs armes luisantes au soleil formant autant de miroirs étincelants à nos pupilles. Chaque homme silencieux et dressé contre l’envahisseur sentait le long de son corps le rappel des luttes menées sur des siècles par nos aïeux. Chaque tension affermissait la marque résistante, chaque vibration de ces combats s’imprimait sur des générations. Avant même ma naissance, j’en ai reçu l’irrévérencieux héritage. Nous étions tous aux côtés d’Abd El Krim, mon grand-père bien sûr, moi déjà, et mes fils, et les fils de mes fils, telle une armée ensemencée.

Nous sommes soixante. Tous jeunes. Le plus âgé, comme mon grand-père, atteignait à peine trente ans. Nous avons laissé le petit groupe de soldats s’aventurer dans la forêt et petit à petit, sans le moindre bruit, nous l’avons encerclé. Sans déclencher le moindre coup de feu, nous les avons abattus un à un, du dernier au premier ouvrant la marche, et un à un nous avons cueilli les fusils, les munitions et les couteaux. Nous avons chargé les corps et sommes venus, la nuit tombée, les déposer près du campement sur la plage, puis nous sommes retournés sur la cime des montagnes pour observer. À l’aube, le chef de camp a repéré les corps. Il a soufflé dans un instrument étrange duquel a résonné un son grave, sur la mer, jusqu’au bateau des Espagnols. Deux nouveaux canots ont débarqué. Parmi les hommes, il y avait un capitaine. Ils ont enveloppé les corps dans des drapeaux et les ont enterrés en jouant de la musique. Puis, ils ont tous regagné le navire. La journée entière a passé, rien ne venait dans notre direction. La seconde nuit, mon grand-père a choisi vingt de nous autres, les plus endurants, ceux qui avaient l’habitude de pêcher avec lui en eaux profondes. Avec ces vingt, il est entré dans l’eau, ils ont nagé jusqu’au bateau, ils ont grimpé le long des cordages et se sont hissés sur le pont. À peine dix hommes montaient la garde. Ils les ont surpris et égorgés sans un murmure. On n’a jamais su combien d’hommes étaient dans le bateau. Mon grand-père a éventré trois grosses barriques de pétrole stockées sur le pont puis il a jeté une lampe. Les vingt et un Rifains ont sauté à la mer. Comme une torche, le bateau s’est immédiatement embrasé, des cris ont déchiré l’air, de la terre nous avons vu des corps enflammés se jeter à l’eau. En quelques brasses, mon grand-père et son équipe avaient regagné la plage. Si aucun Espagnol n’est arrivé vivant sur le rivage, la mer a vomi de nombreux corps le matin suivant.

Comme cela nous avons remporté de nombreuses batailles sans jamais être victorieux. Derrière chaque bataillon tombé un autre se dressait face à nous. Des milliers d’Espagnols sont morts, pour rien. Alors l’Espagne a demandé à la France :

- Prête-moi ta main.

La France, ayant beaucoup à perdre d’une insurrection frontale contre l’occupant, a répondu :

- Diable ! Pourquoi non ?

Et main dans la main, ils sont venus, Franco et Pétain, avec leurs armées et leurs avions, bombarder les villages rifains. Meurtri devant le massacre, ayant vu couler le sang des siens, Abd El Krim s’est rendu, avec sa famille, demandant contre cela que soit épargné le reste des villages et leurs habitants. Les traîtres de colons l’ont pris et n’ont rien respecté de leurs paroles, ils ont lâché les gaz moutarde de leurs grands avions sur nos terres, brûlant les peaux, infiltrant les poumons. Personne ne dira jamais combien des nôtres sont morts. Contre ce premier soulèvement indigène, ils ont répondu par le premier gazage massif de l’histoire.

Abd El Krim, homme debout, ne s’est pas sacrifié pour rien. Je l’aime non pas qu’il soit rifain comme moi, je l’aime comme un juste.

Mon grand-père admirait Abd El Krim. Toute sa vie comme aux combats, il a fait preuve d’un grand courage. Son père avait quitté Béni Ouriaghil, notre village du Rif, pour s’installer à Tanger. Mon grand-père avait cinq ans et depuis cet âge il avait l’habitude de faire plusieurs fois par an le trajet à pied. Jusqu’à sa mort, il s’est rendu de Tanger à Béni Ouriaghil à pied, seul sur les routes des montagnes. Il portait des souliers qu’il avait tressés lui-même avec des feuilles de palmier. Pendant plus de vingt ans, les mêmes souliers. C’était son métier. Il avait vécu un peu de la pêche mais très vite il avait gagné sa vie en tressant des sacs qu’il vendait sur le marché du Grand Socco. Plus tard, on lui avait confié la surveillance du marché aux poissons, un peu plus bas, montée de la plage. Tout le monde dans le quartier le connaissait et le respectait énormément.

Lorsque le père de mon grand-père est venu à Tanger, presque tous ses habitants étaient rifains. Avant, déjà il y avait la médina, les postes étrangères, les ambassades, les banques et les juifs, mais au-delà des fortifications, après le port, aucune avenue d’Espagne, aucun boulevard des Forces-Royales… là où ils ont construit l’hôtel Cécile, la mer frappait directement la terre. Et autour de la baie des centaines de petites baraques hébergeaient les Rifains cultivant les terres, regroupant leurs familles et leurs bétails. Sur J’bel Kébir (1), pas de palais, pas de clôtures ni de bourgeois. Des Rifains encore et des sangliers, des lièvres, des loups, des chacals et des renards tout petits avec une grande queue comme teinte au henné. Aux pieds des montagnes, Tanger était une terre du Rif. Aucune place de France, aucun consulat, un petit cimetière au milieu d’une forêt, jusqu’à Emsallah. Là-bas, le père de mon grand-père avait acquis un terrain qu’il travaillait pour nourrir les siens et sur lequel il a bâti sa première maison, en bois. Plus tard, quand d’autres ont acheté autour de lui d’autres portions de terre, les maisons en dur sont apparues, les rues et, petit à petit, la campagne d’Emsallah est devenue village, puis quartier de Tanger.

Le père de mon grand-père ne parlait que le berbère. Dans nos villages du Rif, après les multiples invasions, les langues arabes et européennes s’étaient neutralisées, quelques mots (ceux du commerce et de la guerre) s’étaient imposés mais chacun d’entre nous parlait encore la langue mère, celle de notre terre. Ils nous ont combattus aussi pour cette langue, plus ancienne, ils nous ont raillés, ils ont cherché à faire de nous des barbares. Et nous nous sommes enrichis de tous ces passages, ouvrant les bras à la violence, nous avions déjà comme sédiments entre les pierres de nos montagnes des résidus de phénicien, d’hébreu, de grec ancien et de latin.

Mon grand-père m’a tout enseigné.

À quatre ans, il m’a appris la nage. À six ou sept, j’ai commencé la pêche à la grenade. Cela permettait d’attraper beaucoup de poissons. Très tôt le matin, mon grand-père fabriquait des dynamites puis vers six heures, nous descendions jusqu’aux Vergers du Rifain. Nous grimpions au sommet d’un roc bien avancé dans la mer et de là, il enflammait les petites mèches de ses engins et les jetait précipitamment à l’eau. Après les explosions, il plongeait le premier pour sortir les grosses pièces qui restaient au fond, tandis que je récupérais les plus légères à la surface. Petit à petit il m’a permis de descendre avec lui. Il m’a ouvert les portes des mondes sous-marins, des cavernes, des coraux, des algues, des formes et des couleurs. À marée basse, nous entrions par la mer dans les rochers du cap Spartel (2). Là-bas, sur les parois des grottes timidement éclairées par des traits rescapés de lumière, nos yeux s’émerveillaient devant des tableaux inhumains aux contours martelés par la mer, aux couleurs originelles nacrées. La chaleur du ventre de la grotte pouvait nous garder des heures, dans un spectacle se jouant pour nous seuls.

Une fois sur terre, mon grand-père m’apprenait à devenir un homme.

Son corps était criblé de cicatrices. Sous sa peau, il s’amusait à me faire sentir les balles que ses bras ou ses cuisses avaient avalées sans jamais recracher. De petites boules de plomb qui faisaient partie de lui-même. Sa femme, ma grand-mère, avait elle aussi été une grande guerrière du Rif. 1,88 m, 1,89 m… comme ça, comme un Apache. Avec sa soeur, elles avaient tué beaucoup de soldats. Quand elles faisaient le voyage de Tanger au village, sur le chemin, si elles apercevaient au loin des combattants étrangers isolés de leur bataillon, elles se faufilaient jusqu’à eux, par-derrière, elles les prenaient à la gorge avec une corde et c’était fini. Elles les dépouillaient ensuite de leurs armes et oripeaux et rentraient triomphantes les bras chargés de cadeaux pour leurs hommes sur le pied de guerre.

C’était sa deuxième femme, la mère de mon père et de tous ses frères et soeurs. Sa première épouse n’a pas eu le temps d’avoir des enfants. Mon grand-père l’a tué avant.

Dans les jours qui ont suivi son premier mariage, mon grand-père est sorti à la chasse, sur les hauteurs du village. Alors qu’il filait un cerf, il a aperçu son épouse sur le pas de la porte de leur maison et un homme qui la rejoignait et parlait avec elle. Une femme à cette époque et sur ces terres ne devait jamais être en la présence d’un homme qui ne soit son père, son frère ou son mari. Il n’a pas cherché à en savoir davantage, il a épaulé son fusil, il a visé et il l’a abattue d’une balle entre les deux yeux à plus de deux cents mètres de distance. À peine deux semaines de mariage. C’était un tireur fantastique. Chaque fois qu’il racontait une de ses aventures, le silence tombait rapidement. L’air autour de lui devenait flou et malléable. Ses mots s’y inscrivaient, prenaient corps dans notre imaginaire et opéraient le doux réveil des temps plus anciens.

Mais vers la fin, mon grand-père parlait seul. Il se réservait ses histoires. Il se les racontait puis se répondait lui-même, comme le jeu de deux personnages. Merveilleux. Pourtant, si quelqu’un s’approchait de lui, il le reconnaissait instantanément et lui parlait tout à fait normalement. Mais une fois seul, il se replongeait dans son étrange dialogue. Et parfois, il se fâchait avec cet autre personnage. Il empoignait son couteau et lui courait après. La nuit, souvent, il ouvrait la porte et sortait se battre contre lui-même. Plusieurs fois, lui le premier et moi derrière, dans les ruelles d’Emsallah, je l’ai vu suivre quelqu’un mais il n’y avait personne. Un soir, ma femme était à la cuisine, au dernier étage et celui avec qui parlait mon grand-père est monté le premier. Mon grand-père l’a suivi avec le couteau. En les voyant, ma femme a crié. Il a dit :

- Non, non. Ce n’est pas toi que je tuerai.

Mon grand-père est sorti sur la terrasse. L’autre pris au piège a sauté et grâce à Dieu mon grand-père ne l’a pas suivi mais il a dévalé quatre à quatre les escaliers et est sorti en furie dans la rue en hurlant en berbère qu’on nous laisse en paix. Toujours la rage. Une santé magnifique. Jamais il n’a vu un docteur de toute sa vie. Sauf le jour de sa mort. Il s’est senti très fatigué pendant quelques jours. Comme je n’avais jamais vu mon grand-père ainsi, je l’ai porté à la clinique mais le docteur a dit qu’il n’avait absolument rien. Il a voulu lui donner du sirop, mon grand-père a répondu :

- Non, ignorant. Je ne veux pas de ta médecine.

- Pourquoi, j’di (3) ?

- Je le sais maintenant. Personne en peut rien. Je vais mourir w salam.

Il avait cent dix ans. Sa femme est morte quelque temps plus tard à plus de cent quinze ans. Tous les deux buvaient chaque matin du thé chaud et trempaient dans de l’huile d’olive du pain noir w salam.

Je suis né dans la maison familiale d’Emsallah. Je me souviens, mes premières années nous étions des dizaines à vivre sous ce toit. Il y avait mon grand-père bien sûr, sa femme, leurs enfants les plus jeunes et mon père, Chaïb, qui était resté et avait agrandi la maison. Il s’était marié une première fois, avec ma mère Rhimo et avait eu douze enfants. Je suis né le quatrième, en 1936. Les parents de ma mère vivaient aussi avec nous. Dans l’hôtel où il travaillait, mon père a rencontré sa deuxième femme avec laquelle il a eu à nouveau douze enfants. Seuls mon grand-père et mon père travaillaient pour nourrir tout le monde, simplement d’un peu de pain et de thé. Parfois, un mois entier de beissara (4). Mais très souvent du poisson. Et le soir, après le vacarme et les cris des enfants, le temps se figeait dans la grande pièce du bas et tous contaient des histoires. Souvent mon grand-père, parfois mes grands-mères, parfois mon père. Notre vie était simple et magnifique.

Mon père avait quinze ans quand il a épousé ma mère. À l’époque, il partait en cachette recevoir l’enseignement des professeurs français et espagnols qui travaillaient à la mission. Lorsque mon grand-père a découvert cette infidélité, il l’a frappé et a demandé :

- Pourquoi es-tu allé à l’école des étrangers ? Honte sur toi, c’est haram (5).

Mon père n’a rien répondu. Il n’a rien écouté non plus et a continué à fréquenter les missions françaises et espagnoles, apprenant leurs langues et leurs calculs. Un camarade de classe lui a présenté un couple de Suisses qui tenait un hôtel-restaurant dans des maisonnettes de briques rouges, rue de la Liberté. Ils l’ont pris à leur service. Il a commencé par les accompagner au marché, traduisant et veillant à l’équilibre des prix. Puis il a assisté le chef cuisinier. Quand les Suisses ont construit l’hôtel El Minzah, il est devenu chef pâtissier.

Un peu plus tard les gérants ont revendu cet hôtel devenu prestigieux et ont proposé à mon père de les accompagner avec sa famille en Europe. Nous étions très nombreux, je pense que j’étais déjà né.

- Mais c’est impossible, a-t-il répondu. Ils sont tous tangérois !

Jusqu’à l’âge de dix ans environ, j’allais régulièrement dans une école coranique. À travers le livre sacré, je commençais à découvrir la calligraphie arabe. Et puis un jour, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mon père m’a dit :

- Je vais t’inscrire dans une classe européenne.

- Mais… M… Mais…

- Il faut que tu apprennes à t’exprimer correctement.

Je bégayais à l’époque, depuis les premiers mots que j’avais prononcés. Je n’ai jamais compris pourquoi. Parler m’était difficile. Particulièrement lorsque je devenais nerveux. Les syllabes et les sons s’entrechoquaient contre mon palais, je butais sur chaque début de mot et je m’énervais encore davantage. Il m’est arrivé de frapper mon interlocuteur de rage de ne pouvoir m’exprimer. À ce moment-là je ne voyais plus rien, j’attaquais. J’en souffrais énormément.

Le lendemain, il me traînait jusqu’à l’école publique marocaine de Boukhachkhach. La majorité des professeurs qui y enseignaient étaient de nationalité française. À peine quelques semaines ont passé. Je n’ai pas de souvenir particulier des cours d’arabe. En revanche, mon maître de français, Monsieur Pitago, m’a marqué, et plus particulièrement encore avec son bâton. Un matin, il avait tracé sur le grand tableau noir des lignes et des courbes qui formaient des mots en français. Il nous a demandé de les mémoriser pendant quelques minutes puis de sortir nos cahiers. Il a effacé les mots du tableau. Il fallait les retranscrire sur la page blanche. Moi, j’ai fermé mon cahier et j’ai dormi. Monsieur Pitago est passé dans les rangs. Il m’a remarqué et a voulu me tirer les oreilles. Comme je me suis dégagé de ma chaise pour lui échapper, il a ordonné d’une voix cassante :

- Mrabet, ne vous levez pas sans permission.

Je l’ai défié du regard, droit sur mes jambes. Alors il m’a administré un coup de bâton sur la tête d’une telle violence qu’il m’a flanqué par terre. J’ai repris mes esprits et je lui ai sauté à la gorge, il a trébuché à son tour et est tombé sur le sol à quatre pattes. Alors j’ai saisi ma chaise et je lui ai fracassé sur les épaules. Puis j’ai pris monsieur Pitago et j’ai balayé le sol de la classe avec son corps. Les autres enfants étaient terrorisés et criaient. Quelques-uns osaient tout de même applaudir. Tout ce carnage a fini par attirer le reste des enseignants. Lorsqu’ils sont rentrés dans la classe, j’ai sauté par la fenêtre, du troisième étage et j’ai eu la chance de retomber sur du sable. J’ai tourné mon visage vers l’école, tout le monde aux fenêtres me regardait, hébété. J’avais accompli un saut fantastique. Je me suis relevé et j’ai repris ma course.

Je ne suis pas tout de suite rentré chez moi. Le soir, mon père était déjà au courant, il m’attendait devant la porte de la maison.

- Qu’as-tu fait ? Tu as attaqué ton professeur ?

- Oui. Moi, je ne me couche pas devant le maître.

Il m’a frappé, plus fort que monsieur Pitago, sans bâton. Il n’était pas aussi robuste que mon grand-père mais il avait en lui ce soir-là une ardeur folle, déçue. Je l’avais trahi tout comme il avait trahi son père. J’ai alors quitté la maison comme je venais de quitter l’école.

(1) Jbel Kébir : la vieille montagne, dans la périphérie de Tanger.

(2) Cap Spartel : à l’extrême nord-ouest de l’Afrique, l

à où se mélangent les eaux de la Méditerranée et de l’Atlantique.

(3) J’di : grand-père, affectueusement.

(4) Beissara : soupe de poids verts, spécialité du nord du Maroc, populaire et bon marché.

(5) Haram : impur, illégitime.

Mohamed Mrabet et Éric Valentin
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