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 Saint Augustin l'Amazigh

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MessageSujet: Saint Augustin l'Amazigh   Lun 11 Jan - 6:54

«Si vous ne trouvez pas une prière qui vous convienne, inventez-la.» dixit Saint Augustin

Le nouvel an berbère est célébré en l'honneur de Sheshnaq Ier, devenu premier pharaon d'origine berbère en l'an 950 avant notre ère, fondateur de la XXIIe dynastie qui régna sur tout le delta du Nil. Ce nouvel an, commémoré le 13 janvier, est une fête agraire qui invoque la clémence des forces de la Nature pour protéger les récoltes. Ce jour-là, un copieux repas familial est servi, ce qui est censé présager une nouvelle année où l'abondance sera au rendez-vous. De nos jours, les détails de la célébration varient d'une région à l'autre, certains associant même à cette fête un événement familial heureux, comme la première coupe de cheveux du dernier-né, un mariage...

En fait, dans notre langue, les Berbères s'appellent Imazighen (pluriel d'Amazigh, qui se traduit textuellement par «homme libre») et le nouvel an Yennayer. Aujourd'hui, il est difficile d'évaluer le nombre de berbérophones dans le monde, car les statistiques officielles ne tiennent pas compte de la langue maternelle. Néanmoins, certains experts estiment que les berbérophones constituent près du quart de la population algérienne et plus du tiers de la population marocaine.

On rencontre aussi, à nettement moindre échelle, des minorités berbères en Tunisie, en Mauritanie, en Libye, en Égypte (oasis de Siwa) et aux îles Canaries. À cela, il faut ajouter un million de Touaregs répartis sur cinq pays du Sahel et une diaspora de deux millions, essentiellement en France. Même si la langue berbère possède son propre système d'écriture, de grammaire et de syntaxe, il existe près de 30 dialectes, alors que les communautés berbérophones les plus nombreuses sont les Chleuhs au Maroc et les Kabyles en Algérie.


Saint Augustin le Berbère

Au Québec, la population d'origine berbère n'est pas connue en tant que telle. Par extrapolation, elle peut être évaluée à 30 000 personnes. À Montréal, le Berbère le plus célèbre est probablement Rachid Badouri, alors qu'en France, c'est Zinédine Zidane, demeuré icône nationale, même après sa retraite footballistique. Mais le Berbère le plus célèbre au monde est plutôt méconnu de mes concitoyens d'ici.

En 2005, quand le célèbre acteur Gérard Depardieu a présenté à la basilique Notre-Dame de Montréal les Confessions de saint Augustin (354-430), très peu de Québécois savaient que cet illustre penseur était... Berbère. Un de mes collègues, de surcroît professeur, a même eu de la misère à me concéder que le célèbre théologien et non moins père de l'Église latine puisse être mon aïeul; il est vrai que le réfractaire à toutes les religions que je suis manifestait alors un penchant douteux pour ce religieux.

À ma décharge, le fait est que même si la doctrine de saint Augustin s'appuie sur la foi, les scientifiques et non-religieux peuvent amplement trouver leur compte dans ses écrits où la raison est omniprésente. Comment peut-on ne pas faire siennes ses citations du genre «se tromper est humain, persister dans l'erreur est diabolique» ou «celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion»? Ironie du sort, alors que saint Augustin le Berbère était sur son lit de mort (an 430), les Vandales venus de Scandinavie sont entrés à Hippone (actuelle Annaba, Algérie) après un long siège.


Oppression

Longtemps, la langue et la culture berbères ont été opprimées, elles qui étaient bannies du système éducatif et ne jouissaient d'aucune reconnaissance institutionnelle. Bien plus, le fait berbère était même considéré comme un facteur de division mettant en péril l'unité nationale. D'ailleurs, sitôt l'indépendance acquise, les chaires universitaires de berbère ont été fermées, aussi bien à Rabat (1956) qu'à Alger (1962).

Quant à ceux qui ont revendiqué cette culture, ils ont été marginalisés et dénigrés comme étant à la solde d'intérêts étrangers. Ceci dit, depuis ces quinze dernières années, aussi bien au Maroc qu'en Algérie, un changement s'est opéré, puisque l'enseignement du berbère est pris en charge, alors que des structures officielles pour la promotion de la langue et la culture berbère ont vu le jour. [...]



Espoir

Encore aujourd'hui, saint Augustin n'est pas reconnu à sa juste valeur dans son pays d'origine. Les programmes scolaires l'ignorent totalement, car les forces du statu quo islamo-conservatrices font encore l'impasse sur tout ce qui remonte avant le VIIe siècle. Je me souviens, jeune ado au milieu des années 1960, que c'était en secret qu'on écoutait, sur RFI à 19h-19h30 et avec ma grand-mère, Slimane Azem, poète-chanteur kabyle banni pour crime de lèse-majesté.

Que dire alors du prénom Kahina, que l'état civil refusait obstinément d'enregistrer parce qu'il symbolisait la résistance face à l'invasion arabe? Aujourd'hui, la reine berbère juive Kahina aurait été fière de savoir que son prénom est l'un des plus courants en Algérie, alors que Slimane Azem est revenu en grâce même parmi les officiels. Beaucoup de Berbères, surtout parmi les Kabyles, ne souffrent plus de syndrome identitaire, assumant désormais totalement leur histoire.

C'est assurément une source de fierté que d'avoir eu des devanciers aussi glorieux que saint Augustin, Kahina et Tarik Ibn Zyad, acteur principal de la conquête islamique de la péninsule ibérique et dont le détroit de Gibraltar porte le nom. Ces trois illustres Imazignen font partie du patrimoine commun des Berbères, pour ne pas dire de l'humanité, et étaient respectivement chrétien, juive et musulman.

Si elles ont connu tour à tour leur heure de gloire, les trois religions monothéistes prônent chacune à sa manière l'amour du prochain et d'un seul et même Dieu. Nul doute que le découplage du politique avec le religieux, sous d'autres cieux, et le démasquage du hideux visage des adeptes du choc des civilisations, sous nos cieux d'ici, sont de nature à contribuer à la réalisation de cette prière. Amen. En attendant un dialogue entre civilisations un peu plus fructueux, aseggas ameggaz! («bonne année»).

*****

Mohamed Benhaddadi - Professeur associé à l'École Polytechnique
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