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 La révolution chez les amazighs de Tunisie

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MessageSujet: La révolution chez les amazighs de Tunisie   Mer 2 Fév - 21:57

La révolution au bled

Quand quelqu’un trahit, on l’isole, mais il n’y a jamais de vengeance chez les Berbères

A Beni Derraj, il n’y a que l’air et la misère, dit presque en riant Bechir Bendhaou au volant de son pick-up bringuebalant. A 60 km au sud-ouest de Tunis, et à 20 km seulement des plages dorées d’Hammamet, c’est dans son village natal que ce prof de philo de 53 ans nous emmène.

On est loin ici du chahut de la capitale. Loin aussi des débats politiques actuels portant sur une nécessaire révision de la Constitution ou sur le départ réclamé du premier ministre RCD (le dernier cacique du précédent régime).

A Beni Derraj, village où vivent au bord d’une route poussiéreuse 120 familles dans une simplicité extrême, l’euphorie du changement de pouvoir se fait encore attendre. Le maire RCD, même s’il rase les murs, est toujours au village. Et les révoltés ont surtout une priorité: «défendre la ferme», répètent-ils sans cesse. La ferme? 1700 hectares de terrain qu’un membre de «la famille royale» (le mari de la fille de Hayet, l’une des quatre sœurs de l’ex-président Ben Ali) avait décidé de s’adjuger en expropriant les paysans qui occupaient les terres.

Revanche de l’histoire, le 17 janvier, trois jours après la fuite du tyran, des jeunes sont montés au domaine et s’y sont installés, bâton à la main. «On est onze à faire un tour de garde», explique Ali Jassli, 31 ans. Il y a quelques jours, les sbires du propriétaire ont essayé de revenir. «Ils sont arrivés avec des camions, mais on a réussi à leur barrer la route», raconte Ali, qui précise que l’intention n’est pas de voler les biens de la famille Ben Ali, mais «juste de surveiller les lieux que la justice devra rendre au village». Il rêve déjà d’une redistribution des hectares ou d’une gestion en coopérative. Mais d’ici quand?
Démolis par les humiliations

Concernant le passé, les paysans racontent tous la même histoire. Un lopin dont on les a privés, puis les années d’humiliation à travailler pour le nouveau propriétaire, une paie de 150 dinars (105 francs) par mois – quand elle arrivait –, des vexations et des licenciements sans motif. Et après des années de labeur, aucune retraite. Ainsi vit à 81 ans la mère de Bechir, sans ressources, sinon l’aide de ses fils. Elle n’attend rien de la révolution, d’ailleurs, elle n’y croit pas vraiment. Elle a juste l’espoir de toucher une petite rente. Ibrahim, par exemple, licencié de la ferme voici deux ans après onze ans de service pour avoir refusé de témoigner contre un collègue, est dans le même cas.

Ici, point de syndicat; pour seul salut, il y avait l’adhésion au RCD, le parti du président, auquel jamais Garci Amar, qui a vu sa ferme se faire démolir en 1995, n’aurait adhéré. Ce paysan a 50 moutons, mais aucun lieu pour les faire paître. Le maire l’a fait amender pour avoir laissé ses bêtes brouter au bord d’une route ou pour n’avoir pas baissé ses phares lorsqu’il a croisé le propriétaire de la ferme, autrement dit le gendre de la sœur du président Ben Ali. Il a bien essayé de déposer une plainte pour récupérer sa terre, mais à la poste de Zaghouan, la ville voisine, on a surtout lu son courrier…
La queue de vache du RCD

Kamel, 39 ans – il en paraît 60 et n’a plus que deux dents –, lui, avait sa carte du RCD. «Tiens, voici le traître», s’exclame en rigolant Bechir devant le Café Jasmain (ainsi s’orthographie l’enseigne), un petit bistrot qui longe la route nationale, où les villageois font et refont la révolution en jouant aux dominos. Il explique que Kamel est une«queue du RCD». «C’est comme ça qu’on les appelle. Comme les queues de vache qui chassent les mouches, c’était les petites mains du parti qui jouaient les délateurs, appliquaient les ordres servant à humilier la population. »

Le 14 janvier, jour de la chute de Ben Ali, Kamel a encore couru avec deux jeunes à Zaghouan, la ville voisine, pour y défendre les locaux du siège du RCD, s’esclaffent aujourd’hui les villageois. Finalement, on ne lui en veut pas trop, à Kamel, même s’il est le seul paysan à avoir pu garder sa ferme. Et même si, en quelques jours, il a retourné son veston râpé qui lui donnait un semblant d’air important: «C’est vrai, j’ai adhéré au parti et applaudi Ben Ali, mais c’est parce que je croyaisen mon pays. Je regrette», dit-il en criant haut et fort maintenant qu’il faut «défendre la ferme».

Pas de vengeance dans ce village où les habitants sont à 70% d’origine berbère. «Ce n’est pas dans la tradition, souligne Bechir. Quand quelqu’un trahit, on l’isole, mais il n’y a jamais de vengeance chez les Berbères. »
La dîme de M. le maire

Isolé, en revanche, est le maire du village. «On ne le voit plus beaucoup ces temps-ci», rigole Ali. Où est-il d’ailleurs celui qui, comme la police pour l’achat obligatoire de son calendrier annuel, passait régulièrement voir le patron du Café Jasmain afin d’y exercer son racket?

En guise de bureau de M. le maire, une sorte de cahute au pied de la route menant à la fameuse ferme du clan Ben Ali. Le bureau administratif est donc une tour de garde. Seule marque visible de la révolution au village, la porte défoncée de la cahute et quelques gros cailloux qui jonchent le sol.

En quittant Beni Derraj, au bord de la route, le maire, justement, fait de l’auto-stop. «Oui, c’est vrai, je regrette et je me sens coupable», dit-il du bout des lèvres, à l’arrière du pick-up toujours poussif de Bechir. Coupable d’avoir humilié et vécu de la corruption sur le dos de pauvres gens. «Mais je gagnais 300 dinars par mois (210 francs), j’étais aussi une victime…» argumente-t-il en redescendant de la voiture.

La révolution? Les habitants de Beni Derraj disent que rien ne bougera tant que le RCD n’aura pas vraiment débarrassé le plancher. A Zaghouan, la ville de 70 000 habitants qui administre la région, les locaux du parti sont certes vides, appelés à être reconvertis en Maison de la culture, mais les fonctionnaires du gouvernorat (l’équivalent de la préfecture) sont toujours les mêmes. Ces rouages du système Ben Ali sont impuissants face aux doléances quotidiennes de la population. Devant les grilles de la bâtisse officielle, c’est quasi l’émeute. Des dizaines de personnes attendent d’être reçues. Une veuve sans aucune rente, des parents d’enfants handicapés sans aide, des mères dont le fils est en prison, et tant d’autres à qui l’on dit toujours non. Le bureau ne reçoit que 10 personnes par jour. Najiba a le numéro 246. Son fils est enfermé depuis vingt-trois ans. «Il n’a rien fait, il faut le libérer», jure-t-elle en pleurant. Elle reviendra demain.

source : Cathy Macherel & Tribune de Genève
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